mardi 29 juillet 2014

Famille Chatain




La famille CHATAIN



Tout le monde connaît l'expérience de Bugeaud (hum enfin ...). Après avoir utilisé la troupe à effectuer les travaux préparant la colonisation, il pensa que les soldats seraient les meilleurs colons et ce furent en 1841-1842, fondées sur le travail en commun, les expériences d'Ain Fouka, Beni Mered et Mahelma.
En juillet 1842, sur les 60 colons militaires tous célibataires, il fut décidé d’en envoyer vingt, les plus méritants à Toulon pour prendre femme. Ces jeunes filles avaient été auparavant pressenties, contre une dot et l’assurance de trouver outre le mari, une maison et des terres en Algérie. Entre septembre 1842 et janvier 1843, 18 d’entre eux se sont mariés.         
Ces mariages se faisaient au son d’un roulement de tambour. C'est pourquoi on les nomme les "mariages au tambour".
Puis les jeunes filles ainsi mariées suivaient leurs nouveaux époux et traversaient la Méditerranée pour trouver leur nouvelle patrie.                                                                                             
Dans divers centres les soldats libérés ont obtenu un grand nombre de concessions et parfois même la totalité comme à Pélissier, fondé en 1846 à l'est de Mostaganem sans autre nom que " les Libérés ", ou à Saint- André, à l'ouest de Mascara.
Les mariages n’ayant pas arrêté le mouvement de dépopulation, il devint urgent de trouver une solution ; Ce fut le capitaine Blanchet, commandant de la compagnie qui autorisa le curé d’Aïn Fouka à écrire à deux autres curés de l’Isère desservants les communes de Saint Hilaire et de Saint Bernard. Ces derniers s’efforcèrent de recruter des habitants partants pour immigrer en Algérie.
Dix habitants de ces localités acceptèrent de quitter leur famille et leurs biens pour rejoindre Fouka, emmenant avec eux leur femme et leurs enfants.
Le passage leur fut offert ainsi que leur installation.
Lettre de Soult à Bugeaud du 2 septembre 1843 «  Je verrais avec plaisir que le village d’Aïn-Fouka reçoive un complément de population composée d’aussi bons éléments et qui ne pourrait qu’exercer une influence heureuse sur son développement et sa prospérité… »
Le nombre de ces familles fût bientôt porté à 13 par l’adhésion de 3 nouvelles familles, et 7 d’entre elles avait pour chef d’anciens soldats.
Lettre de Soult à Bugeaud du 9 octobre 1843 «  mon intention est donc qu’elles y soient placées de préférence à tout autre centre de population. J’attache de l’intérêt à ce que cette immigration, composée d’excellents éléments parvenus d’un même pays, soit concentrée sur le même point à Fouka. 
Ces immigrants venus d’Isère sont :
GAUDE Jean, GAUTHIER Joseph, CHATAIN Pierre de St Bernard
GUIGUET Joseph, TILLOT Jean, de la Terrasse
VIGAT Jacques, BOUVIER Etienne, TOURNOUD Pierre,
PELLOUX Jacques CHATAIN Jean dit TANAZ de St Hilaire
CHAIX Jacques, PERRET Pierre, GUIRAND Auguste de Crolles




Parmi ces colons venant d’Isère,  et plus exactement du plateau des petites Roches, Pierre CHATAIN a servi l’Empire pendant 6 ans, et a été prisonnier en Angleterre ; Joseph GUIGUET sort du 54e régiment de ligne ; Jean TILLOT sort de la Région de l’Isère ; Jacques VIGAT a servi 4 ans dans l’artillerie Sarde ; Julien TOURNOUD était à la 15ième de Légion, province d’Oran ; Jacques PELLOUX ( frère de Pierre ) a servi l’Empire de 1807 à 1825.
Au recensement de Fouka au 1er janvier 1844 figurent :
         Pierre CHATAIN maçon, 52 ans (né vers 1792) sa femme Virginie, 49 ans (née vers 1795), ses filles Magdeleine (21 ans) repasseuse et Euphrosine (18 ans) modiste, et ses fils Jérome (15 ans) cultivateur et Pierre (11 ans) , tous habitants la maison n°8.
         Guillaume CHATAIN cultivateur 22 ans, maison n° 8.
Joseph CHATAIN maçon, 27 ans (né le 5 juin 1816 à Saint Hilaire), sa femme Julie 25 ans (née vers 1819), son fils François (18 mois) et sa fille Marie (2 mois) habitent également la maison n°8.
Jean CHATAIN cultivateur, 32 ans (né vers 1812), sa femme Magdeleine 32 ans (née vers 1812), ses fils Joseph (8 ans), Sixte (7 ans), Brice (4 ans), Jérôme (3 ans) et sa fille Marie (1 an), habitent  la maison n° 3.
Lorsqu’ils arrivent à Fouka, après un voyage long et difficile, ces familles étaient dans un état de dénuement très grand. Aussitôt les autres habitants vinrent à leur secours en leur fournissant vivres et habits.
Arrivé en 1843 à Fouka, Joseph  fait des travaux  de maçonnerie pour faire vivre sa famille, en attendant d’obtenir une concession.

Il est venu de Saint Hilaire avec sa femme Julie, son père Pierre et sa mère Virginie,
Extrait du livre  Si les Petites Roches m'étaient contées
LES COLONS DE FOUKA Originaires de L’ISERE Hommes et Femmes des Petites Roches
Au milieu du siècle dernier, la population de cette région était à peu près le double de ce qu'elle était à la fin du XVIIè siècle. Le milieu du siècle dernier marque le début de la décadence - il est curieux de constater que la régression démographique coïncide avec l'alphabétisation du plateau - qui est allée en s'accentuant au XXè S. : de 1851 à 1926, le Plateau perdait 47% de sa population, et il n'occupe pas la dernière place sur le plan de la dépopulation, car dans la même période, St Pierre de Chartreuse perdait 60% de ses habitants.
Les habitants gagnaient la vallée où la vie était plus facile : quelques uns cependant, comme pour faire mentir l'attachement que leurs ancêtres avaient toujours témoigné à leur terre, tentaient la grande aventure : dans le contexte
d'enracinement de l'époque, ces pionniers méritent toute notre admiration : Pierre Châtain originaire de St Hilaire, cultivateur, maçon et tailleur de pierres à St Bernard fut un des premiers à partir pour l'Algérie où le rejoignirent plusieurs membres de sa famille : Jules Châtain de Crolles et sa femme Rosalie Vial de St Bernard ; d'autres les suivirent en 1880 ; tous se retrouvèrent à Aïn Fouka petit village au bord de la mer, à 40km à l'Ouest d'Alger ; il y avait Fouka-ville sur la hauteur, et Fouka-marine avec sa plage et son petit port de pêche, mais pour eux c'était tout simplement "Fouka" véritable parcelle des Petites-Roches au-delà de la Méditerranée.
On y rencontrait tour à tour les Jérôme Châtain, les Pierre Châtain, les Brice Châtain, les Sixte Châtain, les Cyprien Châtain et cet Hilaire Châtain qui faisait revivre dans son prénom un peu du terroir familial. Tous ces "pieds-noirs" étaient originaires du Plateau de Crolles et de Theys.
Il n'y a plus un européen à Fouka : les derniers Châtain l'ont quitté en 1962 : un ménage de 88 et 86 ans : riche de souvenirs et dénué de tout, il a abandonné sa modeste maison, son petit jardin, et deux hectares de vignes, maigre patrimoine familial fruit de cent trente années de travail et de « colonisation » !
Les descendants des colons des Petites-Roches n'ont pas fait fortune mais ils ont rapporté de leur longue absence une étonnante fidélité au pays de leurs ancêtres : l'un d'eux il y a quelques années est venu y prendre femme : la jeune fille habitait la maison d'où était parti son ancêtre pour tenter la grande aventure.
Extrait de l'ouvrage "Si les Petites Roches m'étaient contées" Dr Bruno Guinmand Grenoble 1970 (P.215). Fourni par Mr PONT, Adh. GAMT



Il s’installe à Fouka, et là, dès 1845 son premier enfant naît : c’est Joseph Antoine, puis vient Marie Magdeleine en 1846 ; Malheureusement, Joseph Antoine décède 3 mois après la naissance de Marie Magdeleine. Il vient d’avoir 22 mois.
En 1847, c’est le tour de Pierre Eugène Laurent Jean Baptiste, et en 1849 Marie Euphroisine arrive.
Je m’arrête sur Marie Euphroisine, car c’est notre arrière (arrière, arrière pour certains) grand-mère. Elle va rencontrer Napoléon César Ledoux et ils se marieront en décembre 1868 à Fouka. La suite, on la connaît ; ils vont avoir 4 enfants, dont Clément Emile qui se mariera avec Thérèse Augusta Bellegarde ; Quatre enfants naîtront de cette union :  Robert Albert, Emilienne, Odette et Armand.

Je reviens à Joseph le fondateur, pour dire qu’il aura son 5e enfant, Jérome Napoléon en 1850, puis Jean en 1852, Julie en 1854, Pierre Napoléon en 1856, Léon en 1861.
Tous ne vivent pas longtemps : ainsi, Pierre Eugène Laurent Jean Baptiste décède en 1851 à l’âge de 4 ans, Léon en 1861 à l’âge de 8 mois.

Joseph fait sa première demande de concession le 29 août 1848  et l'obtient le  7 mars 1850 à Fouka. Ce sont le lot n°3 à bâtir, et 4 lots de campagne qui représentent 10 ha et 3 ares.
En 1853 il obtient un titre de concession à Fouka, pour 3 lots : le lot n° 1 de jardin d’une superficie de 2 ares 20, un lot n°23 de vignes de 24 ares et un lot n° 68 de prairie de 2 ha.
Mais ceux ci deviennent rapidement trop petits pour faire vivre sa famille et il se voit contraint de les revendre.
Il vit alors de travaux de maçonnerie.
Le 30 novembre 1871 il renouvelle sa demande pour un lot plus grand, situé dans les Yssers, à Bordj Menaïel;
Ses enfants ont grandi; ils habitent toujours chez leurs parents, du moins ceux qui sont encore célibataires, et peuvent eux aussi travailler sur les terres. Il n'obtient pas de réponse, bien que sa demande ait été appuyée par Jean Baptiste Eyraud, l'ami de tous les moments, et qui agit en tant que conseiller municipal délégué.
Le 13 janvier 1877, il fait à nouveau une demande pour une concession dans l'une des 8 fermes annexées au village de Ben Aroun, arrondissement de Tizi Ouzou. 
Ses enfants ont alors 27 ans ( Jérome), 23 ans(jean), 19 ans (Pierre), et 18 ans (Pauline; en fait c'est Julie Clémence qu'on appelle ainsi ). Les 3 autres enfants vivants sont mariés.
Il possède 2 500 francs, 2 boeufs, 1 vache, 1 génisse, 4 moutons, une petite maison à Fouka; Il réside en Algérie depuis 34 ans, c'est un colon de la première heure, toute sa famille jouit d'une très bonne réputation; Ses enfants sont rompus aux travaux agricoles qu'ils ont l'habitude d'effectuer, en plus des travaux de maçonnerie.
Tout cela fait qu'enfin sa voix va être entendue;
Il n'y a plus de lot à Ben Aroun, ni à Chabet El Amar, lots réservés aux colons venus du Vaucluse, mais en décembre 1877 il obtient enfin sa concession située à Aïn Zaouïa. Par tirage au sort il obtient le lot urbain n° 31 et les lots ruraux n° 175, 125 et 65 d'une étendue de 28H55.70.

Malheureusement, il meurt le 1er octobre 1884, laissant sa veuve Julie et ses fils Jean et Pierre Napoléon, gérer les terres, avec son petit fils Edouard Joseph, le fils de sa fille Marie Magdeleine, décédée le 7 mars 1873 à l’âge de 28 ans.




j'ai pu retrouver le testament de Joseph que j'ai retranscrit :


Extrait des minutes du greffe de la justice de paix du canton de Colea, arrondissement de Blida, département d’Alger (Algérie)

L’an mil huit cent quatre cinq et le huit décembre,

Devant nous, Frêche Amédée, juge de paix du canton de Colea, arrondissement de Blida, département d’Alger (Algérie) assisté de Monsieur Charles Falconetti, greffier.

Ont comparu :
Primo, Monsieur Louis Neveu ( ?) propriétaire demeurant à Colea.
Secondo, Monsieur Barbier Claude François, propriétaire demeurant à Colea. Tous les deux témoins majeurs ;
Lesquels ont, par ces présentes, attesté pour vérité et notoriété à qui il appartient qu’ils ont parfaitement connu le sieur Chatain Joseph propriétaire décédé ab_intestat à Fouka, commune et canton de Colea, le premier octobre mil huit cent quatre vingt quatre. Et qu’il est à leur connaissance personnelle que le dit dépend laisse pour seuls héritiers, chacun pour un septième savoir :
Primo : Marie Chatain, épouse du Sieur Clément LEDOUX, son mari avec lequel elle demeure à Aomar canton de Dra El Mizan ;
Secondo : Jérôme Napoléon Chatain, propriétaire demeurant à Fouka, commune et canton de Colea ;
Tertio : Jean Chatain, propriétaire demeurant à Bordj Bouïra ;
Quarto : Emilie Chatain, épouse de Monsieur François Gauthier son mari, avec lequel elle demeure à Fouka, commune et canton de Colea ;
Quinto : Pierre Chatain, propriétaire demeurant à Fouka, commune et canton de Colea ;
Sexto : Julie Clémence prénommée en famille Pauline Chatain, sans profession demeurant à Fouka, commune et canton de Colea ;
Et Septime : Edouard Roger, mineur de vingt et un ans, venant par représentation de la dame Madelaine Chatain, épouse Roger, décédée dont il est le seul enfant et héritier, demeurant à Médéa.

Tous les sept seuls enfants ou petit enfant héritiers et représentant du défunt, issus de son mariage avec Pauline Vial, sa femme restée  sa veuve.

Desquelles allégations, les dits sieurs comparants nous ont requis acte que nous leur avons octroyé pour servir et valoir ce que de droit.

Fait à Colea, en notre cabinet au palais de justice de la dite ville les jours, mois et an que dessus, et nous avons signé, après lecture faite, avec les témoins et le greffier.

Signé :  Louis Neveu, Barbier Claude François, Charles Falconetti et Frêche Anédée.

Au bas derrière cet acte de notoriété, se trouve la mention de l’enregistrement dont la teneur suit :
Enregistré à Coléa le dix décembre mil huit cent quatre vingt cinq ; folio deux, verso, case trois, Reçu un franc cinquante centimes ; décimes quinze centimes.
Le receveur des domaines, timbre et enregistrement

La présente expédition collationnée sur la minute du présent acte de notoriété a été délivrée à la partie reprenante ( ?) par le Greffier soussigné ce jour d’hui dix décembre mil huit cent quatre vingt cinq.

Le Greffier


Petits potins
Odette LEDOUX était la petite fille de Marie Euphroisine CHATAIN et de Napoléon César LEDOUX.
Elle racontait que sa grand mère était très pingre.
Pour Noël, elle offrait une seule poupée pour les filles. 
Elle a hérité de son père. Elle a tout donné aux bonnes soeurs. Elle s'est retirée dans une bonne maison de retraite et a laissé son mari à l'hospice.







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